Les abîmes de la liberté et des passions refoulées

Les interprétations de ces grands penseurs nous dévoilent un tableau multiforme de la manière dont les contradictions intérieures et les pulsions refoulées conduisent à des peurs profondes, voire à l'autodestruction.

Dostoïevski voit dans la liberté humaine non seulement une source de force, mais aussi une menace de destruction. Il affirme que la recherche excessive de l'autodétermination et de l'arbitraire, qui éloigne l'individu des traditions établies et de la réalité, peut l'affaiblir et mener à une désunion spirituelle. Comme il l'exprime :
« Très tôt, Dostoïevski découvrit l'antinomie mystérieuse de la liberté humaine. Le sens et la joie de la vie pour l'homme résident précisément dans sa liberté, dans cette liberté de volonté, dans cet « arbitraire » de l'homme. Même l'humilité et la soumission ne sont possibles qu'à travers cet « arbitraire », par le renoncement à soi.

Et pourtant, cet « arbitraire » de l'homme ne se transforme-t-il pas trop souvent en autodestruction ?
... Le rêveur devient un « homme souterrain », une décomposition effrayante de la personnalité commence. La liberté solitaire se mue en obsession, le rêveur étant captif de son rêve... »
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De son côté, Freud étudie la nature de la peur à travers le prisme des pulsions refoulées et de la théorie du complexe d'Œdipe. Il souligne que la rétention du libido, sa « mort partielle », constitue la source génétique des phobies et des peurs profondes. Cela se manifeste, par exemple, par des angoisses face à la solitude ou au jugement social, conduisant à des symptômes destructeurs dans la psyché :
« Dans la rétention du « libido » – dans la « mort partielle » des pulsions – Freud voyait justement l'origine génétique des phobies et de la peur. Cela inclut, par exemple, la peur des grands espaces, la peur des foules, la peur de la solitude, la peur de « perdre la face », la timidité lors des interventions publiques, la peur d'être enterré vivant, la peur des femmes – et ce sont encore parmi les formes de phobies les plus « naturelles », les plus classiques. »
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Par ailleurs, une autre facette de l'interprétation freudienne aborde le complexe d'Œdipe qui, malgré l'exagération de son importance, met au jour l'ancien problème de la peur mystique face à la transgression du tabou des liens familiaux :
« La notion de complexe d'Œdipe est profondément ancrée dans la théorie de Freud. Freud accordait une signification universelle au complexe d'Œdipe... Il voyait dans le crime d'Œdipe l'origine de toutes les sociétés humaines et des croyances religieuses primitives. »
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Pouchkine, par le biais d'images esthétiques, permet de ressentir cette terreur existentielle intérieure. Dans son « Hymne à la Peste », se mêlent des images de désespoir, de peur et d'autodestruction, où, en plus des couleurs artistiques vives, résonnent des notes discrètes de terreur face au vide et à la perte de vitalité :
« L'Hymne à la Peste est aussi une improvisation. Et également d'une génialité inexplicable, inhumaine. Toutes les comparaisons enflammées, employées par Tsvetaïeva pour illustrer le pathos de l'hymne dans l'article « Pouchkine et Pugatcheff », pourraient être amplifiées au carré sans que cela ne relève de l'exagération. ... Mais Pouchkine – par les mots mêmes du Président du banquet – énumérait également autre chose : le désespoir, la peur (« en souvenir d'une terreur effrayante... »), la « conscience de l'illégalité », et « l'horreur... du vide mortel »... »
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Ainsi, les interprétations de Dostoïevski soulignent que la liberté excessive et l'arbitraire peuvent conduire à l'isolement et à la désintégration intérieure, créant un terreau propice à l'autodestruction. Freud, en analysant la répression des pulsions et le rôle du complexe d'Œdipe, montre comment la tension intérieure et les instincts refoulés peuvent se transformer en phobies douloureuses menaçant l'intégrité de la personnalité. Quant à Pouchkine, par ses images artistiques, démontre comment ces contradictions intérieures se matérialisent en figures poétiques, imprégnées de peur et du sentiment d'une fin inévitable. Ensemble, ils nous offrent une compréhension globale de la manière dont les limites de la liberté, les désirs refoulés et les sentiments esthétiquement exprimés peuvent contribuer à l'apparition d'un conflit intérieur terrifiant et à l'autodestruction.

Les abîmes de la liberté et des passions refoulées

Et pourtant, cet « arbitraire » de l'homme ne se transforme-t-il pas trop souvent en autodestruction ?

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