De la forme à l'essence: l'évolution de la critique
La critique à l'égard de ceux qui se contentent d'une analyse externe ne peut être considérée comme justifiée que dans la mesure où elle souligne la limitation d'une approche dépourvue de compréhension profonde du contenu intérieur de l'œuvre. D'une part, l'analyse externe possède sa fonction scientifique : elle repose sur un strict respect de la vérité historique et sur la reproduction objective de l'observé, comme le souligne l'énoncé suivant :"La critique est une fonction scientifique, et la science doit nécessairement servir uniquement la vérité. Elle doit reproduire l'écrivain étudié tel qu'il est connu en réalité, sans y ajouter quoi que ce soit, ni en retirer, ni écarter aucune caractéristique appartenant a posteriori à l'écrivain et remarquée par les prédécesseurs du critique. Ce sont uniquement ces conditions – un soin rigoureux envers la vérité historique, l'absence de toute ornementation, l'abstinence de fantaisies arbitraires et de l'embellissement intentionnel du récit – qui distinguent la critique en tant que fonction scientifique de la création poétique libre." (source: lien txt)D'autre part, la littérature exige la transmission non seulement d'une forme extérieure figée, mais aussi d'expériences émotionnelles profondes et subjectives, qui peuvent échapper à l'analyse strictement externe. Comme il est précisé ensuite :"Il est impossible d'adhérer à ce point de vue : les grandes œuvres, quant à leur contenu, sont, pour ainsi dire, insondables et chaque siècle se voit dans l'obligation d'y apporter sa propre lecture. La critique subjective est proposée, semble-t-il, par M. Merejkowski comme une innovation. Il conseille de procéder ainsi : saisir l'âme vivante de l'écrivain, cette forme unique et jamais reproduite de son existence, puis représenter l'action de cette âme sur l'intellect, le cœur et la volonté, sur toute la vie intérieure du critique, en tant que représentant d'une génération connue, et s'attacher à comprendre ce que le critique perçoit de la personnalité de l'écrivain. Toute critique digne de ce nom transmet au lecteur une œuvre mûrement réfléchie et profondément ressentie par le critique, c'est-à-dire qu'elle communique l'émotion même du critique et, par conséquent, ne peut être que subjective. Dans notre époque, la critique, tout en se perfectionnant graduellement, a pris une dimension hautement psychologique." (source: lien txt)Cette citation souligne que la véritable compréhension d'une œuvre exige de pénétrer son contenu intérieur, c'est-à-dire d'être capable de ressentir et de vivre ces nuances qui ne sont pas toujours accessibles par une simple analyse de la forme extérieure. Il convient également de noter que même la critique externe s'appuie souvent sur des approches psychologiques, qui permettent de percevoir, au-delà des éléments formels, une sensibilité artistique vivante. Cela est exprimé dans la remarque suivante :"Il n'est donc pas rare que l'auteur se montre parfois compatible avec une certaine forme, tout à fait appropriée, de dogmatisme critique-esthétique. Les fondements psychologiques y jouent, bien sûr, un rôle prépondérant, mais l'on perçoit derrière eux un sens artistique vif, menant à diverses conclusions. Ainsi, par exemple, il qualifie de trop important l'écart dans 'Le Nid des Aristocrates,' consacré au passé de Lavretski et à l'histoire de sa famille. Cette évaluation de l'architecture du roman repose manifestement sur l'idée d'une certaine symétrie externe, indispensable à toute œuvre artistique. Dans notre littérature, où l'achèvement de la forme extérieure incite même les maîtres de premier plan à en désirer davantage, de telles observations sont plus que pertinentes. La critique, qui ne remplace pas l'analyse par le jeu de l'imagination, mais ne se contente pas d'une étude scientifique et objective en restant ouverte aux états d'âme de l'écrivain, est psychologique, car les processus émotionnels de l'écrivain et de ses créations complètent le contenu de l'œuvre; et historiquement dominante, car c'est uniquement dans le processus de création (im Werden) que l'essence du phénomène se révèle." (source: lien txt)Ainsi, on peut conclure que la critique concentrée exclusivement sur les aspects extérieurs de l'analyse trouve sa justification en termes d'objectivité et de rigueur scientifique. Cependant, elle devient insuffisante si elle ne parvient pas ensuite à s'orienter vers l'étude du contenu intérieur, qui permet de mieux comprendre le dessein de l'auteur et la force émotionnelle de l'œuvre. Si, à l'avenir, les spécialistes de l'analyse externe élargissent leur champ d'investigation pour inclure l'étude du contenu intérieur, alors l'ancienne critique pourra paraître prématurée et quelque peu inappropriée.En résumé, la critique envers l'analyse purement externe se justifie dans la mesure où elle répond aux exigences d'une compréhension complète et émotionnellement riche de l'œuvre, tout en gardant à l'esprit que la méthode externe constitue un point de départ essentiel qui peut évoluer vers une analyse plus approfondie du contenu intérieur.